Benoît et la Règle

Benoît et la Règle

L'abbaye bénédictine de Saint-Nicolas-aux-Bois (Aisne) en hiver. Photo FX Dessirier.

Vers 490, dans le centre de l'Italie, voit le jour un personnage clé de l'histoire du monachisme : Benoît de Nursie. Ce jeune homme bien né, qui a étudié à Rome, renonce à une carrière, embrassant une vie d'ermite ascétique dont l'exemple suscite rapidement de nombreuses vocations et l'apparition de plusieurs petites communautés. En 529, Benoît de Nursie fonde le monastère du Mont-Cassin dont la Règle, composée à partir de 534, va devenir le texte de référence du monachisme.

A cette même période, en Gaule orientale, dans le Bassin parisien, en Normandie mais aussi en Bavière et en Italie du Nord, s'exerce l'influence du monachisme celte. Les moines irlandais, dont Colomban (540-615) est une figure, créent de nombreuses communautés. Cependant, la Règle bénédictine, concrète, claire et pondérée s'impose progressivement dans toute l'Europe occidentale.

L'époque est instable qui voit les invasions se succéder et les prérogatives des seigneurs locaux se renforcer au détriment de l'autorité royale

Les monastères, du désert au monde

Dans les faits, les préceptes bénédictins subissent des adaptations notables. C'est ainsi que des monastères, censés se tenir en retrait du monde participent en réalité pleinement aux jeux des pouvoirs politique et économique. Charlemagne par exemple en fera des instruments au service de la promotion des savoirs. Carrefour des activités agricole et commerciale, jouissant d'un statut d'immunité par rapport à l'autorité locale, certaines abbayes touchent des revenus conséquents, perçoivent l'impôt et exercent un pouvoir de justice. Au IXe siècle, Benoît d'Aniane promeut une réforme tentant d'imposer aux monastères un retour à l'application de la Règle bénédictine. Cependant, l'époque est instable qui voit les invasions se succéder et les prérogatives des seigneurs locaux se renforcer au détriment de l'autorité royale. Contexte difficile pour le monachisme contraint à s'accorder avec les multiples centres du pouvoir laïc dont dépend sa protection. Le système féodal est en gestation.

Chaos rocheux

Chaos rocheux à la Hottée du Diable près de Fère-en-Tardenois (Aisne). Photo FX Dessirier.

Les monastères du désert au monde

L'oratoire de Gallarus dans la péninsule de Dingle en Irlande. Photo DB.

 

Les mille et cent maisons de Cluny

En 909, à partir d'un domaine que lui concède Guillaume duc d'Aquitaine et comte de Mâcon, Bernon fonde le monastère bénédictin de Cluny. 

Les mile et cent maisons de Cluny

Consécration de la 3e église abbatiale de Cluny. Bibliothèque nationale de France.

Ce dernier n'est pas astreint à la tutelle laïque, la communauté choisit elle-même son abbé. Sous l'abbatiat d'Odon, qui débute en 926, Cluny bénéficie du privilège que le pape accorde à son abbé de prendre la tête de tout autre monastère dirigé par un abbé laïc qui rejoint la communauté. Puis en 998, grâce au privilège d'exemption, Cluny est soustrait à l'autorité de l'évêque du diocèse.

En l'espace de deux siècles un véritable réseau va se former à partir de l'abbaye du Mâconnais. Au XIIe siècle, plus de 1 100 maisons appartiennent à la sphère clunisienne dont le gouvernement commun est constitué de coutumes qui régissent vie liturgique et vie pratique. Cette puissance spirituelle et temporelle est symbolisée par la construction à Cluny de la plus grande église de la chrétienté sous l'abbatiat de Hugues de Semur (1049-1109).

Cluny traverse une crise morale

Revenir au chemin tracé par Benoît

Revenir au chemin tracé par Benoît

Portrait de Pierre le Vénérable, manuscrit latin.
Bibliothèque nationale de France.

Au faîte de son expansion, tandis que de nouvelles communautés appellent à un retour au chemin tracé par Benoît au VIe siècle, Cluny traverse une crise morale. Le penchant des moines noirs (en référence à la couleur de leur habit) pour le faste et la richesse est montré du doigt. Face à cette crise, l'abbé Pierre le Vénérable (1122-1156) institue un chapitre général annuel qui,  en renforçant la cohésion de la communauté la transforme en véritable ordre monastique. Il décide l'exploitation des domaines abbatiaux selon le système du faire-valoir direct afin de réduire la dépendance aux dons des communautés. Pour efficaces qu'elles aient été, ces réformes ne permettent cependant pas aux moines de Cluny de retrouver l'aura et le crédit des premiers temps. D'autres, les Cisterciens, qui portent l'habit blanc, incarnent déjà la suite d'une aventure cyclique. Entamée au IIIe siècle, cette aventure monastique est régulièrement relancée par un retour à la pureté de l'idéal des premiers temps.



 
















 


Partir au désert

Le monachisme se développe dès le IIIe siècle en Egypte. A l'image de Paul et Antoine qui se sont retirés du monde, certains chrétiens, habités par le désir d'épouser l'enseignement des Evangiles, choisissent la retraite dans le désert comme moyen de se donner à Dieu. Ainsi, naissent les premières communautés érémitiques (du mot ermite).
Vers 320 à Tabennisi (Haute Egypte), Pacôme fonde le premier monastère. Expérience approfondie en Cappadoce par Basile dont les disciples professent vœu d'obéissance et vœu de stabilité par lequel ils s'engagent à demeurer au monastère. Conditions de vie en groupe, renoncements, répartition entre le temps consacré à la prière et le temps dévolu au travail manuel sont codifiés dans les Règles longues et brèves rédigées par Basile.
A la fin du IVe siècle, plusieurs groupes monastiques apparaissent en Occident et, progressivement, du pourtour méditerranéen au Nord de l'Europe, le monachisme se répand partout dans l'empire romain et au-delà, jusqu'en Irlande.

 

 
















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