Retour à la Règle

Cîteaux. Statue d'Etienne Harding.

Cîteaux. Statue d'Etienne Harding. Photo S.P.

Cîteaux est fondée le 21 mars 1098 dans un bois situé au Sud de Dijon par Robert de Molesme et Albéric, accompagnés d'un érudit anglais du nom d'Etienne Harding. Le nouveau monastère (Novum Monasterium), ainsi qu'il sera désigné avant de prendre le nom de Cîteaux (de Cistels, lieu-dit dont le nom signifie Joncs en ancien français) naît de la volonté manifestée par les deux hommes et leurs compagnons de pratiquer la Règle bénédictine dans sa pureté primitive. Depuis le VIe siècle, le monachisme a tenté à plusieurs reprises de se ressourcer en faisant retour aux principes de vie spirituelle et matérielle définis par Saint Benoît.

De temps à autre, Robert se retire dans l'un des ermitages du domaine

Molesme

Avant Cîteaux, Albéric et Robert de Molesme ont partagé pendant plusieurs années la responsabilité de l'animation d'une petite communauté érémitique instituée par Albéric en forêt de Collan, près de Tonnerre. Grandissant, le groupe s'est déplacé à Molesme. Robert, prieur de Saint-Ayoul de Provins, en a été élu abbé tandis qu'Albéric en est le prieur. De temps à autre, Robert se retire dans l'un des ermitages du domaine. Pendant ses absences, les orientations très exigeantes que tente d'impulser Albéric sont vigoureusement contestées par les frères.

Un nouveau Monastère

  

La communauté apparaît divisée. Certains souhaitent une application plus rigoureuse de la Règle de Saint Benoît. Pour cela, il leur est nécessaire de s'éloigner du monde laïc et de se tenir à l'écart de ses influences. Un petit groupe emmené par Robert reçoit l'autorisation de l'archevêque de Lyon de quitter Molesme pour fonder un nouveau monastère. Projet accepté parce qu'il va dans le sens de la réforme voulue par l'Eglise et parce qu'il apparaît impossible alors d'imposer à Molesme une pratique de la Règle dans sa forme première, note en substance Jean-Baptiste Auberger, membre de l'Ordre des frères mineurs et historien des origines cisterciennes (1).

Sculpture de chevalier

Arcade du cloître de Jerpoint, abbaye cistercienne du XIIe siècle, comté de Kilkenny en Irlande. Photo DB.

Favoriser la scission permettait de remettre en paix cette communauté tiraillée. Il fallait donner la possibilité à chacun de vivre selon son degré d'exigence analyse l'historien. Mais Robert doit revenir à Molesme car, entre-temps, des membres de la communauté ont intercédé auprès de Rome pour obtenir le retour de leur abbé. Il semble que le pontife n'ait pas été informé de ce que l'archevêque de Lyon avait agréé le projet de fondation nouvelle. Si Molesme a retrouvé son abbé en 1099, le synode n'en a pas moins légitimé la création du Novum Monasterium. 

Moines bûcherons

Moines bûcherons. Coll. Bibliothèque municipale de Dijon, Moralia in Job, MS 173, f°41 détail.

Dénuement puis essor

Les débuts de la petite colonie sont éprouvants. Faute d'eau, elle doit se déplacer deux kilomètres plus loin, ses moines trop peu nombreux sont contraints à accomplir toutes les tâches. L'abbaye est consacrée en 1106 mais, quand Albéric son instigateur meurt en 1109, elle se trouve dans un grand dénuement. Deux hommes vont contribuer à son essor. Etienne Harding, lettré anglais, s'est fixé à Molesme où il s'était arrêté de retour d'un pèlerinage à Rome. Sur le chemin de la ville pontificale, le jeune homme avait notamment séjourné au monastère de Vallombreuse, réputé pour sa ferveur. A Molesme, Etienne devient l'homme de confiance du prieur et de l'abbé.

 

Quand Albéric, son instigateur, meurt en 1109, l'abbaye se trouve dans un grand dénuement

Le moissonneur

Le moissonneur. Coll. Bibliothèque municipale de Dijon MS 170 f°75 verso.

Elu à la tête de l'abbaye après la disparition d'Albéric, il met en place le système du faire-valoir direct, institue les convers, conçoit la Charte de charité, organise et institutionnalise le fonctionnement de Cîteaux. C'est lui qui accueille le fils du seigneur de Fontaines-les-Dijon, Bernard, 22 ans, et les trente compagnons qui le suivent, dont quatre de ses frères, lorsque le groupe se présente à la porte du monastère, en 1113. Le charismatique Bernard présenté comme un moine soldat, homme de plume talentueux, installé dès 1115 aux commandes de Clairvaux, va consacrer sa vie à la diffusion de l'idéal monastique. Il devient la personnalité la plus influente de la chrétienté occidentale. C'est à l'époque d'Etienne et de Bernard et jusqu'à la mort de ce dernier que l'observance cistercienne connaît sa plus spectaculaire expansion. Les vocations se multiplient. L'ordre essaime sur tout le continent, aux fondations nouvelles s'ajoutent les adhésions de monastères.

Des quatre filles, La Ferté (1113), Pontigny (1114), Clairvaux et Morimond (1115), les deux dernières se montrent les plus dynamiques. A la mort de Bernard en 1153, l'ordre fédère près de 350 maisons en Europe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Des institutions

Si la sensibilité de l'époque était propice au développement d'observances religieuses prêchant le retour à la ferveur des premiers temps, le succès des cisterciens tient également à ses institutions. Elles garantissent la cohésion de l'ensemble de l'ordre. Système de filiation, chapitre général annuel, Charte de charité, livres d'usages : tous ces éléments contribuent au maintien de la Règle et permettent de limiter le développement des particularismes. L'organisation de la production pèse dans le succès des moines blancs. Dans une conjoncture il est vrai plutôt favorable, les options cisterciennes, tels le faire-valoir direct, le système des granges et celui des frères convers ont permis aux domaines des abbayes de dégager des surplus et par suite de s'intégrer au marché des échanges.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Note

lire Cîteaux, les origines, dans Cîteaux l'épopée cistercienne, Dossiers d'Archéologie, décembre 1997, p. 10 à 14.