Manuscrit 227 de Vauclair

Manuscrit 227 de Vauclair. Missel du XIIIe siècle. Par rapport aux prescriptions de Saint Bernard, les règles se sont quelque peu assouplies : plusieurs couleurs sont utilisées pour réaliser les motifs qui gardent cependant une certaine sobriété. Il s'agit toujours de motifs floraux. Bibliothèque municipale de Laon (ms 227, folio 1 recto).

Le dépouillement, l'austérité linéaire, la nudité, l'absence de représentations figuratives, la simplicité des motifs... tout dans l'architecture et l'art cisterciens des premiers temps exprime la spiritualité de Cîteaux. Il s'agit de renoncer au monde pour mieux se concentrer sur Dieu. D'éviter ce qui pourrait éloigner l'homme de sa prière. « Nous autres moines [...] avons abandonné pour le Christ toutes choses précieuses et spécieuses de ce monde [...] tenons pour du fumier toute beauté resplendissante au regard, toute sonorité caressante pour l'oreille, toute senteur odoriférante, toute saveur appétissante... », confie Bernard de Clairvaux à Guillaume de Saint-Thierry (1).

Les édifices cisterciens du XIIe siècle sont, en harmonie avec cette spiritualité qui appelle à renoncer au superflu, constitués de lignes droites, lisses, dépourvus de statuaires et d'images. Simplement beaux. Les églises sont à chevet plat, leurs chapiteaux ornés tout au plus de feuilles d'eau. Leurs vitraux blancs à motifs végétaux et géométriques ne racontent pas d'histoire pour ne pas distraire l'esprit. L'environnement architectural des cisterciens est « profondément austère, en quelque sorte raffiné », écrit Caroline Bruzelius (2). « L'originalité de la contribution de l'ordre, et en particulier de Saint Bernard, fut (...) le développement d'un “langage monastique architectural“ tendant à être rapidement reconnaissable, différent de celui des églises ordinaires ».

L'environnement architectural des cisterciens

est « profondément austère, en quelque sorte raffiné »

Manuscrit 240 de Vauclair, XIIIe siècle

Manuscrit 240 de Vauclair, XIIIe siècle. L'adoration des Mages. Bibliothèque municipale de Laon.

Dès la mort de Bernard cependant, le langage des architectes de Cîteaux évolue avec, notamment, l'abandon du chevet plat. 

Aile des convers de l'abbaye de Vauclair

Aile des convers de l'abbaye de Vauclair. Photo Lefèvre-Pontalis, 1911. Ministère de la culture et de la communication – Médiathèque de l'architecture et du patrimoine.

Le chœur de l'église s'arrondit pour recevoir déambulatoire et chapelles rayonnantes. Plus imposante, d'apparence moins modeste, ces nouvelles abbatiales accueillent il est vrai des communautés agrandies. Les recommandations du chapitre général viennent cependant fréquemment rappeler aux bâtisseurs la nécessité de respecter le principe de simplicité.

Si les premiers manuscrits de Cîteaux suivent la tradition monastique de l'enluminure, si les lettrines d'Etienne Harding s'ornent de figures animales, mettent en scène la vie quotidienne des moines ou des épisodes bibliques, dans ce domaine comme dans les autres, la rigueur bernardine impose la règle de sobriété ou tente de le faire prescrivant le recours à une couleur et proscrivant les décorations. Dans les ateliers, les artistes surent s'en affranchir.

Salle du chapître de l'abbaye de Vauclair

Août 2009, salle du chapître de l'abbaye de Vauclair. Photo DB.



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Notes 

1. Les manuscrits cisterciens médiévaux, par Pierre-André Syren, Directeur de la bibliothèque municipale de Dijon, page 125, dans Cîteaux l'épopée cistercienne, Dossiers d'archéologie, 1997, Dijon.

2. Les cisterciens et le gothique, par Caroline Bruzelius, Directrice de l'Académie américaine de Rome, page 50, Dans Cîteaux l'épopée cistercienne, Dossiers d'archéologie, 1997, Dijon.