Fac-similé du titre d'un article paru le 12 octobre 1966 dans Carrefour et évoquant les premières fouilles entreprises à Vauclair.
Religieux de l'abbaye de Scourmont près de Chimay en Belgique, spécialiste de l'art cistercien, le père Anselme Dimier visite Vauclair pour la première fois (1) en 1948, alors qu'il travaille sur le plan des églises des moines de Cîteaux.
Il a déjà effectué des investigations archéologiques sur plusieurs autres sites monastiques quand il informe l'historien Marcel Aubert, de son projet de mener des fouilles dans la vallée de l'Ailette. Ce dernier l'y incite vivement, « revenant plusieurs fois à la charge pour me dire tout l'intérêt qu'il y aurait à connaître » le plan de Vauclair « lequel devait être, disait-il, du même type que celui des églises de Longpont et de Royaumont » (2). En 1965, le père Dimier sollicite de la Direction de l'architecture et de l'Office national des forêts, propriétaire de Vauclair, l'autorisation de démarrer des recherches archéologiques à l'emplacement de l'église abbatiale. Le directeur de l'Office départemental du tourisme, Maurice Bruaux prend alors contact avec lui. Il propose, au-delà des fouilles, de procéder au dégagement de l'ensemble des vestiges envahis par la végétation et en partie recouverts de terre, pour assurer leur sauvetage et leur mise en valeur.
Les travaux démarrent en mai 1965 sous la conduite de Pierre Pottier. « Dans l'Aisne, un ajusteur-mécanicien conseillé par un trappiste a entrepris de sauver les ruines de l'abbaye de Vauclair », titre le quotidien Le Monde (3). L'ajusteur-mécanien, que conseille le trappiste Anselme Dimier, c'est Pierre Pottier. Un père de famille d'une trentaine d'années, originaire de Vic-sur-Aisne et passionné d'architecture religieuse.
L'ancien mécano déploie une grande énergie sur le terrain
Dans son édition du 5 octobre 1966, Le Monde relate les premiers travaux à Vauclair.
Avant d'être sollicité par le directeur de l'Office du tourisme de l'Aisne pour intervenir à Vauclair, Pierre Pottier a consenti week-ends et vacances au travail de sauvegarde de l'abbaye de Lieu-Restauré (4). Il a également œuvré à l'abbaye de Saint-Arnould près de Crépy-en-Valois. En 1964, il abandonne la mécanique pour se consacrer pleinement au sauvetage de monuments anciens. Récompensé en 1965 par le ministère de la Culture pour son action en faveur des chefs-d'œuvre en péril, l'ancien mécano déploie une grande énergie sur le terrain. Il convainc plusieurs entrepreneurs de la région de l'aider en mettant du matériel à disposition pour le chantier : pelleteuse, sable, gravier...
Entre le soutien des entreprises, le coup de main des agriculteurs du secteur et d'une troupe de scouts, le concours pendant l'été 1965 des jeunes franco-allemands du groupe “réconciliation par-delà la tombe“, le site de l'abbaye de Vauclair, oublié pendant des décennies, offre désormais le spectacle d'une mobilisation générale des bonnes volontés. Au mois d'août, le représentant de l'Etat va constater sur place les premiers effets de cette effervescence collective : « M. Perreau-Pradier, préfet, a rendu visite aux ouvriers volontaires », rapporte un quotidien régional (5).
Après cette première phase, à partir du printemps 1966, avec l'arrivée du groupe des étudiants de l'université de Louvain, animé par le père jésuite René Courtois, qui deviendra le groupe “Sources“, les recherches archéologiques à Vauclair prennent de l'ampleur. Le programme s'étend progressivement à l'ensemble du site et se poursuit pendant plus de 20 ans.
Le Monde raconte les petits services que chacun dans le pays consent pour faciliter les travaux (3) : « Quand la tonne d'eau est vide, c'est le maire de Chermizy qui la charroie avec son tracteur. Si un engin est à sec de carburant, le fermier de l'Hurtebise ou le châtelain de La Bove apporteront un bidon. La nuit du 14 juillet, à l'heure où s'ouvre le bal, le garagiste de Corbeny a remis ses bleus de travail : les deux camions prêtés par un entrepreneur avaient crevé et le transport des terres devait reprendre à l'aube... Le curé qui dessert le bourg voisin guide chaque dimanche les visiteurs. »
1. Le 12 octobre 1966 dans Carrefour, Claude Schwartz écrit que le père Dimier était cantonné, en 1917, au Chemin des Dames, à 200 mètres de l'abbaye de Vauclair. Anselme Dimier n'évoque pas lui-même cet épisode antérieur dans la relation des premières fouilles publiée sous le titre Vauclair abbaye cistercienne, dans la revue Archéologia n°14 en 1967.
2. Vauclair abbaye cistercienne, par le père Anselme Dimier, Archéologia n°14, 1967.
3. Le Monde, édition du 5 octobre 1966, Henri Deligny.
4. Abbaye située à Bonneuil en Valois, dans l'Oise, à la lisière de la forêt de Retz près de Villers-Cotterêts, qui appartient à l'ordre des Prémontrés. Fille aînée de Cuissy, la première fondation remonte au XIIe siècle. La construction est achevée au XVIe siècle.
5. L'union , édition du 17 août 1965.