Décombres de l'abbaye de Vauclair au sortir de la Grande Guerre. Juillet 1920. Cliché Blanchet. Ministère de la culture et de la communication – Médiathèque de l'architecture et du patrimoine.
En 1965, Vauclair est un site à l'abandon, menacé de disparaître dans l'indifférence du monde. Depuis les quelques interventions de confortation des ruines réalisées dans l'entre-deux-guerres, les vestiges de l'abbaye ont été gagnés par la végétation. De nombreuses pierres sont éparpillées dans les taillis autour des bâtiments que les bombardements de l'offensive du Chemin des Dames, en 1917, avaient achevés de détruire.
En 1965 donc, Vauclair est une abbaye en ruines dont l'histoire est à écrire. Sur la 15e fille de Clairvaux, les sources écrites sont peu fournies. L'existence d'une fondation, a ntérieure à celle du XIIIe siècle dont témoignent les ruines, est alors à peine documentée. Certains situent – suivant une erreur courante – ce premier monastère dans les environs d'Hurtebise, sur les hauteurs de la vallée de l'Ailette. L'archéologue Edouard Fleury indiquait en effet dans ses travaux, que les moines avaient transporté « dans le vallon les bâtiments » primitivement « élevés sur la croupe de la montagne » (1). Le plan de l'église abbatiale XIIIe siècle, dont quelques éléments des fondations affleurent au sol, demeure inconnu, ce même Fleury s'est évertué en vain à le chercher au cours du XIXe siècle (2).
« Pour arriver à connaître ce plan, il n'y avait qu'un moyen, c'était de prendre la pioche et la pelle. Et c'est ainsi qu'après des travaux de fouilles que j'exécutai sur l'emplacement de plusieurs églises d'abbayes fondées par saint Bernard, je fis le projet d'entreprendre des fouilles à Vauclair » raconte le père Anselme Dimier, spécialiste de l'art cistercien (2). « Comment démêler cet écheveau complexe, en l'absence de sources écrites d'époque ? », s'interroge le père René Courtois : « Il nous faut recourir à l'interrogation patiente de cet immense document non écrit qu'est le sol » (3). L'archéologie comme seule solution pour écrire le passé et sauver le présent de Vauclair ! De fait, les recherches sur le terrain, démarrées en 1965 et poursuivies jusqu'en 1988, se sont révélées à la fois le meilleur outil au service de la connaissance du monastère et le catalyseur de l'intérêt scientifique et public pour le site abbatial.L'archéologie comme seule solution pour écrire le passé et sauver le présent de Vauclair
Aile des moines. Porte de l'escalier du dortoir des moines, 1966. Cliché Pichonnier. Ministère de la culture et de la communication – Médiathèque de l'architecture et du patrimoine.
1. Edouard Fleury, Antiquités et monuments du département de l'Aisne, Paris, 1877-1882, t. IV.
2. Vauclair abbaye cistercienne, par le père Anselme Dimier, Archéologia n°14, 1967.
3. Dix-sept ans de fouilles à l'abbaye de Vauclair bilan provisoire (1966-1982), par le père René Courtois dans Mémoires de la Fédération des sociétés d'histoire et d'archéologie de l'Aisne, 1983. Le texte est le « résumé d'une étude parue dans le volume III des “Mélanges Anselme Dimier“ », présentation Benoît Chauvin, Pupillin, 39600 Arbois.
4. Une actualisation des connaissances, des vérifications et un approfondissement au moyen de recherches complémentaires (archéologie, sources écrites) seraient nécessaires pour mieux cerner l'histoire de Vauclair.