Fac-similé revue Archéologia [n°14 – 1967]. Le magazine interroge le père Anselme Dimier (photo) qui retrace la genèse du sauvetage des ruines de Vauclair.
Les fouilles archéologiques du groupe “Sources“ révèlent notamment, l'existence d'une première fondation du XIIe siècle au même emplacement que les ruines de l'abbaye du XIIIe siècle dont témoignent les ruines les plus visibles. Mais également des traces sur le site d'une présence humaine dès 50 avant Jésus Christ.
Les premiers dégagements de terre et travaux de débroussaillage font apparaître les fondations de l'église abbatiale du XIIIe siècle. Puis, à partir de 1966, les étudiants et universitaires du groupe « Sources » intervenant sous la direction du père Courtois mettent au jour le premier monastère cistercien avec son église et son cloître. C'est l'un des principaux enseignements des fouilles : Vauclair II, XIIIe siècle, a été précédé au même emplacement d'un monastère construit au XIIe siècle, selon les préconisations du plan bernardin : petit chevet plat, doubles chapelles de part et d'autre d'un transept peu développé, longue nef possédant neuf travées avec collatéraux (1). Contrairement à l'information reprise notamment par E. Fleury, Vauclair I n'était pas établi sur les hauteurs à proximité d'Hurtebise.
Les frères employés aux services domestiques du monastère étaient nombreux au XIIe siècle
L'église abbatiale primitive dont les archéologues retrouvent les traces mesure 49 mètres de long et 22 mètres dans sa plus grande largeur au niveau du transept. Le chœur très étroit apparaît « parfaitement adapté à la première liturgie cistercienne » (2). De l'abbaye du XIIe siècle, on trouve également des éléments des fondations du cloître, du bâtiment des convers et d'une partie de l'aile des moines. La longueur de l'aile des convers, 70 mètres de long pour 6,25 mètres de large, permet de supposer que les frères employés aux services domestiques du monastère étaient nombreux à cette époque. Le cloître carré de 27 mètres de côté possède des galeries de 2,45 mètres de large.
Les fondations des bâtiments voisins du cloître, hormis celles de l'église, ont disparu. Pour le père Courtois, cet effacement pourrait résulter d'un sur-creusement du sol, datant de la construction de la deuxième abbaye et visant à faire apparaître la nouvelle église sur une relative surélévation. En 1982, les recherches aboutissent à la découverte de traces du mur d'enceinte de la première abbaye. Il se trouve en retrait de 50 mètres par rapport à l'actuelle voie d'accès à Vauclair, éloigné de la zone marécageuse sur laquelle est édifiée la porterie au XIIIe siècle.
Il existait une vie à Vauclair avant Vauclair. Les universitaires en ont découvert la preuve sous la forme de trois ensembles funéraires de la Tène III (50 av. J.C.) mais également en relevant la présence dans le sol de cinq fours de potiers, deux fours bronziers, trois bas-fourneaux de fer, un puits et un foyer associés à l'époque gallo-romaine. Les vestiges les plus anciens se tiennent à proximité du chemin qui passe devant la porterie. Sur la période comprise entre la fin de l'époque gallo-romaine et le XIIe siècle, le sol est resté muet. Pas d'indice. « Ni l'altare mentionné par la charte de fondation ni le village de Curtmemblein (3) n'ont été découverts lors des campagnes de fouilles », écrit René Courtois (2). Et ce dernier d'émettre l'hypothèse suivante : le village et l'altare, cités par Barthélemy de Jur, ainsi que l'habitat gallo-romain pourraient se trouver 500 mètres plus au Nord en bordure de l'Ailette (anciennement la Lette).
1. Vauclair : sept années de fouilles à l'abbaye, par Anselme Dimier. Bulletin monumental, année 1972, dirigé par Fancis Salet, Alain Erlande-Brandenburg. Revue trimestrielle publiée avec le concours du Centre national de la recherche scientifique. Société française d'archéologie, Musée des monuments français, Paris.
2. Dix-sept ans de fouilles à l'abbaye de Vauclair bilan provisoire (1966-1982), par le père René Courtois dans Mémoires de la Fédération des sociétés d'histoire et d'archéologie de l'Aisne, 1983. Le texte est le « résumé d'une étude parue dans le volume III des “Mélanges Anselme Dimier“ », présentation Benoît Chauvin, Pupillin, 39600 Arbois.
3. Lieu appelé Court-Memblain ou Commemblain dans d'autres écrits.